Anciens élèves de Fromentin

Docteur Carrière, élève à Fromentin de 1882 à 1888

Nous ne disposons pas des bulletins annuels antérieurs à 1911, mais en cette année du 140ème anniversaire de la création de l’amicale des anciens de Fromentin, j’ai souhaité partager avec vous de larges extraits du discours du Docteur Carrière, professeur à la faculté de médecine de Lille, président d’honneur du banquet donné le 7 février 1914. Ce témoignage évoque ses années passées au Lycée de La Rochelle de son arrivée en 1882 jusqu’au bachot. Il se termine par un hommage appuyé et reconnaissant à ceux qui l’ont formé, hommage qui garde aujourd’hui tout son sens.

« Certes, le jour de mon entrée au Lycée de La Rochelle ne fut point une de ces journées que l’on marque d’une pierre blanche !

Lorsqu’en 1882, je franchis, un soir d’octobre, la grande porte sévère de notre vieux Lycée, lorsque, arrivé dans ce parloir un peu sombre, je déclinai mes nom et prénoms devant le répétiteur assis à la petite table éclairée d’une lampe à huile auprès de laquelle se tenait debout, immobile, un homme, à la mine rébarbative, que beaucoup d’entre vous ont sans doute connu : le censeur Timothée Durand, lorsque j’allais m’asseoir sur l’une des banquettes adossées au mur à côté de camarades inconnus, lorsque, quelques instants plus tard, je pénétrai, après un séjour de quelques minutes dans l’étude des petits, dans le vaste dortoir, un peu lugubre, mais sentant bon la cire fraiche, où, le long des fenêtres ornées de blancs rideaux, se profilaient nos petits lits en fer, ce ne fut point, vous le savez tous par vous-mêmes, vous tous qui fûtes internes, ce ne fut point, dis-je, une impression de bonheur qui pénétra mon être!

La séparation d’un enfant de neuf ans, qui vient de quitter le sein d’une famille tendrement aimée où il n’a connu que des joies, lui met au cœur une tristesse intense, une angoisse qu’il ne sait pas analyser, une désespérance infinie. On écrase la larme qui vient sourdre sous la paupière, on veut paraître fort, l’on ne veut pas sembler pusillanime aux camarades qui, déjà anciens, sont habitués à la rentrée et qui veulent se donner et donner aux autres l’illusion d’être déjà des hommes, alors qu’ils éprouvent, au fond de leur cœur, exactement les mêmes impressions que l’on éprouve soi-même.

L’on finit, néanmoins, par s’endormir et les rêves ailés vous reportent à la chambrette, au petit lit où, chaque soir, la maman avait l’habitude de venir vous border. L’impression de tristesse persiste le lendemain, lors du réveil, au son de cloche annonçant le lever, dans la nuit noire, à l’étude inoccupée où l’on ne sait faire autre chose que de dévisager les camarades, à la récréation, dans cette vieille cour de la chapelle, au morne réfectoire, où l’on mange mécaniquement et sans appétit.

Mais, bientôt, la succession des jours, le rythme régulier d’un emploi du temps bien réglé, les devoirs et les leçons, l’émulation qui se dessine finissent par endormir la tristesse ct la vie reprend son cours. Alors, commence à s’éveiller dans l’esprit l’espoir des vacances prochaines, des joies qu’elles nous promettent, des bonheurs que l’on entrevoit. On revêt, avec fierté, le premier uniforme, la tunique et le caban aux boutons d’or, on coiffe le képi qui vous donne l’illusion d’être déjà soldat !

Les semaines succèdent aux semaines, séparées les unes des autres par les bienheureuses sorties où, libre, l’on savoure, pendant quelques heures, les joies de la famille, le bonheur de parcourir les rues de la vieille cité, d’aller contempler le port, les navires dont les voiles sèchent ou qui s’envolent vers le large et la mer aux horizons de laquelle on devine, là-bas, perdu dans la brume, le profil lointain de la chère ile natale!

Dans ce cycle ininterrompu l’on vit, certes, bien des heures grises: celles des compositions que l’on n’a pas réussies, celles des punitions, justifiées le plus souvent, parfois imméritées, celles des sorties manquées lorsque l’on ne parvient pas à réunir les ordres du jour libérateurs de la sortie d’honneur ! Mais aussi que d’heures roses: celles des récompenses, celles des félicitations, celles des approches des vacances, celles de la distribution des prix, celles des bonnes amitiés !

Ainsi, les mois s’écoulent, les années passent, un peu lentement, sans doute, plus lentement oh! combien qu’à notre âge, jusqu’au jour où, débarrassés du spectre du bachot, l’on dit adieu au vieux Lycée, aux amis qui demeurent, aux maîtres que l’on aimait et tout cela, je dois l’avouer, le cœur rempli de joie.

C’est en effet, un jour de grand bonheur, un jour de triomphe, un jour d’ivresse que celui où nous franchissons pour la dernière fois la porte du vieux bahut et où nous entrons, frémissants, dans la vie d’étudiant avec la barre vers l’avenir?

Alors, faisant un retour sur nous-mêmes, nous reportons volontiers notre pensée vers le temps écoulé, vers notre jeunesse. Les événements nous ramènent dans notre vieille cité.

Je me revois encore, il y a quelques années, descendant la rue du Palais, arrivant devant la porte du Lycée. On était au temps des vacances! Je m’y glissais, parcourant les couloirs et les cours, jetant un coup d’œil dans l’étude, au réfectoire. Je pénétrais dans cette classe de rhétorique que j’ai tant aimée; je m’asseyais à la table à laquelle j’avais l’habitude de m’assoir et là, les yeux dans le vague, rappelant les souvenirs de ma jeunesse qui accouraient en foule à tire-d’aile, j’ouvrais, dès les premières pages, le livre de ma vie, j’en tournais lentement les feuillets, je revécus ces années heureuses dont je n’avais point, alors, perçu la saveur.

Voici la classe avec le professeur nous faisant expliquer notre version latine ou notre auteur grec avec une patience souvent digne d’admiration, les émotions que nous éprouvions lorsque entraient le proviseur et le censeur pour nous donner, solennellement, chaque semaine, lecture des notes et des places et surtout lorsqu’y pénétrait cet homme terrible, l’inspecteur, dont la venue nous terrifiait, bien des jours à l’avance.

Voici la grande étude avec les becs de gaz haut placés dont les larges abat-jours nous reflétaient une lumière tamisée ; les cases adossées au mur où s’entassaient les livres, les cahiers et la boite dans laquelle nous élevions, en cachette, le lézard, ami de l’homme, ou bien les vers à soie ; les noirs pupitres gravés des noms de nos devanciers, le tableau où nous aimions aller, deux à deux, discuter les problèmes de géométrie.

Voici les cours ombragées de tilleuls, où, petits, nous ne ménagions guère nos forces, allant des barres au chat perché, du jeu de l’ours aux courses effrénées et où, devenus grands, nous devisions de questions plus sérieuses ou repassions des résumés de cours à l’approche du bachot, alors qu’éperdus dans les airs, les martinets, ivres de liberté, fendaient le ciel !

Voici le dortoir endormi lorsque sonnait la cloche du réveil et dans lequel bondissait le censeur, claquant furieusement des mains pour nous faire sortir du lit sous la lumière blafarde de la lanterne qui blêmissait au-dessus du lavabo dont l’eau froide, oh combien ! nous réveillait tout à fait.

Maintenant, c’est l’heure de la promenade, le jeudi. Alignés sous les porches qu’emplissait le célèbre paulownia qu’ont chanté tous mes prédécesseurs, sanglés dans nos tuniques, le képi crânement posé sur la tête, nous attendions avec impatience la décision du censeur nous expédiant vers les lieux aimés : le Mail, la pointe des Minimes ou vers les routes désertes de Dompierre ou d’Aytré, manquant véritablement de charme. L’envolée était joyeuse, néanmoins, et après avoir rempli de nos cris, de nos chants et de nos jeux les campagnes traversées, nous revenions, non sans tristesse, à l’étude du soir où nous avions alors l’autorisation de nous plonger dans la lecture des aventures du capitaine Corcoran, de Gulliver ou de Sinbad le marin.

Je revécus aussi nos bataillons scolaires dont vous reparlait, il y a quelques années, l’un de mes prédécesseurs dans un discours fort humoristique. Je revoyais le père Kuentz nous faisant manœuvrer dans la cour de la chapelle ou, en plein hiver, nous faisant décomposer la charge en douze temps, les doigts gelés sur le canon du fusil et nous traitant irrévérencieusement de pompiers quand il ne nous appliquait pas avec force jurons à l’appui, de son fort accent alsacien, d’autres qualificatifs soldatesques ! Il était terrible ce père Kuentz et j’en ai conservé un souvenir terrifié !

Et puis les querelles, les pugilats, les jours de fête, celle des Rois où l’on nous autorisait à nous gaver, à nos frais, de pâtisseries innombrables sans se soucier nullement de la capacité de nos estomacs ; le doux muscat dont on nous gratifiait lorsque nous allions affronter les épreuves du concours général, l’heure du bachot, l’émotion inhérente à ce terrible examen, l’école Bonpland où s’effectuaient alors les compositions écrites, les journées d’attente et d’angoisse, l’arrivée des fameuses lettres recommandées nous annonçant l’admissibilité, les affres de la comparution devant nos juges, la proclamation des succès, l’arrivée triomphale dans la famille!

Dire le temps qui s’écoula pendant que se déroulaient devant mes yeux, véritable film cinéma, ces images et ces souvenirs que je croyais à jamais envolés? Je ne le saurais ! Mais ce que je sais bien, c’est que je sortais de ce rêve délicieusement ému et que cette heure fut l’une de celles de ma vie que je ne saurais oublier!

Je conçois parfaitement le soupir de soulagement que nous poussons en disant adieu au Lycée. Il a sa cause intime dans les souvenirs cuisants que nous a laissés la discipline sévère dont on nous gratifiait alors, dans la tristesse de la séparation familiale, dans l’ère de liberté qui s’ouvre devant nous comme l’air pur aux vastes espaces devant l’oiseau échappé de sa cage, dans l’envolée vers l’avenir qui nous rend frémissants.

Je crois aussi que, plus nous vieillissons, plus nous sentons toute la reconnaissance que nous devons à ceux qui nous ont formés. Ce sentiment-là, je crois qu’on ne l’éprouve guère et si bien qu’au moment où, comme nous, universitaires, l’on est chargé du développement intellectuel des jeunes générations.

Lorsqu’on sent que l’on a un élève, des élèves, que l’on est destiné à former, à instruire, dont on doit développer les connaissances théoriques, pratiques et morales, à qui l’on doit transmettre le flambeau, comme les coureurs antiques, c’est à ce moment-là que l’on commence à apprécier à sa juste valeur tout ce que l’on doit aux maîtres qui, eux-mêmes, nous ont communiqué l’étincelle qui a fait jaillir en nos cerveaux le feu de la science. »

Louis Suire, élève à Fromentin de 1910 à 1916

Louis Suire (par Roland Bourguet)

Louis Suire (par Roland Bourguet)

Enfant rochelais issu d’une famille bourgeoise, Louis Suire a pu suivre tôt des cours de dessin sous Louis Giraudeau. C’est aussi grâce à ce dernier qu’il découvrit en 1912 une Île de Ré encore sauvage et très recluse. Aussitôt tombé sous son charme il décida d’y acquérir, un jour, une maison.

Son talent permit à l’artiste une entrée aux Beaux-Arts à Paris. C’est l’époque où il fréquente l’Académie Julian, se lie d’amitié avec Paul Signac, Albert Marquet et André Dunoyer de Segonzac. Après un court intermezzo forcé par la Première Guerre mondiale, il put revenir à La Rochelle où il épousa rapidement, en 1923, sa femme Hélène – son amour depuis l’âge de 14 ans. Une année plus tard leur fils Claude vit le jour.

Encore cinq années plus tard, en 1929, le couple Suire acheta une maison sur l’Île de Ré, dans le village Les Portes-en-Ré plus précisément à La Rivière. Cette maison est devenue par la suite l’atelier du fils ainsi que du petit-fils de Louis Suire pour nommer ces deux artistes : Claude Suire et Olivier Suire-Verley.

Vivant toujours à La Rochelle et ayant un pied-à-terre sur l’île, la famille Suire d’abord en couple puis avec leur fils Claude, fit maints voyages sur l’ile servant d’inspiration à l’œuvre abondante du peintre. Génial touche-à-tout, Suire devint éditeur en créant la maison La Rose des Vents principalement dédiée au régionalisme illustré par ces propres mains.

Tableau de Louis Suire

Tableau de Louis Suire

La Seconde Guerre mondiale frappa sa vie plus fortement et lui valut deux années d’emprisonnement dans un camp de travail en Allemagne. Mais il revint sur son territoire pour continuer son œuvre artistique ainsi que sa vie de Rochelais, Rhétais mais surtout de mari et de père. Louis Suire s’est éteint en 1987, la même année que sa femme Hélène.

Les peintures de Suire ont souvent servi de motif pour cartes postales. C’est aussi grâce à ce média que se propage encore aujourd’hui le coloris très spécial que Suire donnait à ses tableaux et ainsi à l’image de l’ile de Ré. Sa vision de la lumière rhétaise et de la simplicité architecturale et paysagiste de l’ile sont des ambassadeurs les plus actuels pour tout le charentais.

Anciens élèves de Fromentin

André Théau, élève à Fromentin de 1935 à 1942

Plutôt que de rajouter l’anecdote à l’anecdote, je préfère vous faire partager une réflexion d’ensemble sur le souvenir des années que j’ai passées au Lycée Fromentin.

Comme la généralité de mes condisciples, après avoir été reçu à l’examen d’entrée, j’ai rejoint en 1935, à l’âge de 11 ans, les bancs de la 6ème.

Les parents de mes camarades étaient, pour la plupart, soit des fonctionnaires (souvent des enseignants comme les miens), soit des bourgeois laïques, soit des membres de la communauté protestante rochelaise qui n’avaient toujours pas digéré la prise de La Rochelle par des troupes royales commandées par un Cardinal. Ceux qui pratiquaient  régulièrement la religion catholique, choisissaient pour leur progéniture le Lycée privé Fénelon.

La tradition de l’enseignement du latin, étant considérée comme une priorité de bon aloi, j’y fus astreint. Le casse-tête de la grammaire latine, des versions et des thèmes, me permit de découvrir une civilisation (héritée pour une bonne part de celle des Grecs) d’une richesse incroyables par sa diversité, son inventivité, son pluralisme intellectuel, ses lois votées par des assemblées élues, sa priorité donnée à l’enseignement,  sa tolérance envers l’homosexualité, son amour du beau.

Cette civilisation plaçait l’homme au centre de ses priorités d’une façon telle que sa mythologie religieuse n’était qu’un énorme roman à tiroirs qui narrait les aventures des déesses et des dieux dont les motivations, pour le meilleur comme pour le pire, étaient identiques à celles des femmes et des hommes.

Le « mens sana in corpore sano » était une réalité quotidiennement vécue qui s’illustrait par la prise, dans la représentation publique et privée, des corps dénudés de femmes et d’hommes par des sculpteurs qui nous ont laissé tant de chefs-d’œuvre.

Né dans une famille d’athées, j’ai eu vite le sentiment que ma fibre identitaire était celle d’un gallo-romain et non d’un judéo-chrétien. J’en suis toujours persuadé.

Je terminerai en rendant hommage à la qualité pédagogique du corps professoral qui m’a formé. Soyons objectifs, une petite minorité de professeurs était chahutée parce qu’au Lycée, dans cette période comme à celle de maintenant on se montrait joyeusement impitoyable vis-à-vis des enseignants qui faisaient preuve de faiblesse.

André Théau

Anciens élèves de Fromentin

Bernard Trocme, élève à Fromentin de 1941 à 1948

On me demande un témoignage sur mes années de présence au Lycée Fromentin de 1941 à 1948. C’est assez embarrassant parce que ces années sont bien lointaines et que leur souvenir s’est estompé. Il ne reste que quelques images ou impressions, probablement déformées par la nostalgie et très insuffisantes pour fonder un témoignage totalement fiable.

Une certitude cependant : mes sept années d’études secondaires ont été fortement perturbées par la guerre. D’avril 1943 à mai 1945, il a fallu s’exiler. Pour ma part, j’ai atterri au Lycée Pierre Loti de Rochefort avec quelques-uns de mes camarades rochelais. Dans ma mémoire, ces deux années rochefortaises ont laissé une empreinte de tristesse. Pierre Loti paraissait sinistre à côté d’Eugène Fromentin. On y travaillait plus dur qu’à La Rochelle, me semble-t-il, dans une ville sans aucun attrait à cette époque.

Cela explique que le retour à Fromentin en mai 1945 ait eu à mes yeux la couleur d’une libération. J’avais quitté un établissement plutôt convivial en 1943, malgré les épreuves de la guerre, pour un lycée qui me semblait froid et inhumain. Je retrouvais en 1945 ce bon vieux Fromentin dont l’image était sans doute enjolivée dans mon esprit par l’allégresse de la Libération. J’arrivais même à trouver un certain charme au curieux fronton de la cour du même nom et à la verdure qui égayait la cour d’Honneur. Je n’irais par jusqu’à dire que tous les professeurs m’étaient sympathiques, mais il régnait une atmosphère moins pesante qu’à Rochefort, une sorte de légèreté qui s’accordait bien à l’esprit de la ville.

Je ne veux pas cependant passer sous silence un moment odieux de la vie au Lycée Fromentin durant l’Occupation, plus précisément durant l’année 1942. Les élèves des grandes classes suivaient avec la passion que l’on peut imaginer les événements de la guerre et les actions de la résistance. Ces jeunes gens allaient parfois jusqu’à distribuer des tracts qualifiés de « gaullistes ».

Un individu malveillant, ami de certains journalistes locaux compromis dans la politique de collaboration, n’a pas hésité à dénoncer plusieurs de ces élèves et a été ainsi à l’origine de leur arrestation.

Je n’en dirai pas plus, mais on comprendra que cet épisode lamentable jette, pour moi, une ombre sur le charme discret du Lycée Eugène Fromentin que j’ai connu.

Bernard Trocme

Anciens élèves de Fromentin

Marcelle Ratier, élève à Fromentin de 1941 à 1943, professeur de 1963 à 1991

Mémoires d’une lycéenne pendant la guerre

Après une école primaire à La Tremblade, Marcelle Ratier arrive à l’École Valin de La Rochelle en 1940 où elle passe son Certificat d’Études.

Les allemands ayant occupé le Collège de jeunes filles J. Dautet dès 1940, les élèves déménagent sur Fromentin, et c’est là qu’elle entre en 6e à la rentrée 1941. Les bâtiments sont alors partagés en deux, l’aile droite étant consacrée au collège. Les dortoirs sont transformés en 3 salles de classe séparées par des cloisons à mi-hauteur.

Fille de gendarme, elle ne pouvait pas avoir de bourse, mais sa mère avait pu, par dérogation, trouver un travail dans le magasin « La goutte de lait » qui préparait les biberons pour toute l’agglomération.

A Fromentin, il n’y a pas à l’époque de cantine et les élèves sont externes. De cette époque, elle se souvient très bien des lettres qu’il fallait écrire au Maréchal Pétain, et des distributions de biscuits vitaminés que les filles jetaient par la fenêtre aux garçons qui allaient en récréation dans la cour de la chapelle. La cour des tilleuls était quant à elle le domaine des filles.

Ce ne sera que de courte durée car la milice fait du lycée son quartier général et le 23 avril 1943 le lycée est fermé. L’école normale de filles, aussi occupée par les allemands, avait déménagé à Marans.

Les élèves se retrouvent alors par petits groupes de 7 ou 8 pour suivre les cours au domicile des professeurs. À cette période, Pierre Ratier, son futur mari, se retrouve pensionnaire à Rochefort en même temps que Michel Crépeau. D’abord évacuée chez ses grands-parents maternels dans le Béarn pour terminer l’année scolaire, elle remonte ensuite à Poitiers où, élève au Lycée dont l’internat est très restreint, elle devient pensionnaire chez des religieuses.

Elle quitte Poitiers la veille du bombardement par les alliés le 12 juin 1944, revient à La Rochelle pour l’été. Pour l’anecdote, elle n’avait pas pu renouveler sa carte d’alimentation qui lui avait été adressée par la poste à Poitiers. Son père, gendarme, est alors parti à vélo pour aller la chercher pendant le week-end ! De retour à Poitiers (libérée) à la rentrée, elle passe alors l’année scolaire au Lycée de Poitiers, n’ayant plus le droit de rester à La Rochelle, le siège ayant commencé.

En 1945, dès la Libération, retour à La Rochelle où Dautet et Fromentin sont rouverts, et la vie reprend peu à peu. En terminale, elle côtoie Josette Cousin, épouse de notre administrateur et ancien Président ; bac philo en 49, licence d’allemand à Poitiers, un an à Ochsenhausen en Allemagne (1953) comme assistante de français, puis à St Maixent pour un remplacement.

Après le CAPES en 1963, Mme Ratier devient professeur d’allemand à Fromentin jusqu’en 1991, date à laquelle elle prend sa retraite. Son mari, Pierre, professeur d’anglais et ancien secrétaire de notre amicale, nous a quittés en 2016 (voir le témoignage de Pierre Michelet dans notre bulletin 2016).

Anciens élèves de Fromentin

René Guillot, élève à Fromentin de 1948 à 1951

A l’occasion d’un mail adressé aux anciens de Fromentin, j’avais suggéré que le temps du confinement puisse être mis à profit pour jeter sur le papier les souvenirs de vos années bahut et vous avez été un certain nombre à me répondre. Merci  Pierre, Paul et Jacques… Nous allons bientôt publier vos témoignages sur Internet.

Le témoignage de notre ami René Guillot rappellera à plus d’un d’entre nous des noms et des souvenirs de notre passage à Fromentin…

Je garde précieusement le souvenir du regard que m’adressa Monsieur Châtenay lorsqu’il me remit le Prix de Français, en 4e. Comme mon père, il avait été Prisonnier de Guerre et m’avait pris sous son aile. C’était un homme à l’autorité placide, avec lequel il était facile de discuter et j’aimais ça. Il me conseilla d’entrer en Seconde spéciale pour préparer le concours d’entrée à l’EN et m’aida pour améliorer français, grammaire et commentaires de textes.… Plus tard, j’eus le plaisir de travailler pendant une dizaine d’années avec l’une de ses filles, Monique, qui après avoir été Directrice de l’école de Filles de Marennes, devint Conseillère Pédagogique dans la circonscription de Royan.

J’ai une pensée reconnaissante pour Monsieur Auzanneau, le Censeur dont le fils Michel était dans ma classe. Dans l’appartement de fonction qu’ils occupaient au-dessus du réfectoire, les dimanche après-midi où je me retrouvais bien seul à errer dans les grands locaux vides de toute vie, il m’invitait à venir jouer avec Michel. Au goûter, Madame Auzanneau nous servait des madeleines et des brioches que je trempais avec délices dans un grand bol de chocolat chaud dont les arômes viennent encore chatouiller mon souvenir. J’appréciais toutes ces attentions et faisait mes premiers pas dans la découverte d’un milieu social différent du mien.

Monsieur Perlade, le Surgé (surveillant général), avait accepté que je range dans son bureau le vélo neuf que mes grands-parents m’avaient offert en récompense de l’obtention du BEPC, mon grand-père, mécanicien – cycles, l’ayant lui-même forgé, brasé et monté. Les dimanches où je n’allais pas chez tante Renée à Chagnolet, Monsieur Perlade prenait la responsabilité de me laisser sortir, seul ou accompagné d’un autre pensionnaire, Bélibi Léon, un Camerounais encore plus éloigné que moi de sa famille et qui bénéficiait du même privilège.

J’aimais bien la compagnie des camerounais. Ils étaient six ou sept. Outre Léon Bélibi, je peux citer Edda, Bomba, Ebanga, Attangana un garçon très gentil, bâti comme un Dieu du stade. Il se disait que, fils de chefs ou de notables du Cameroun, ils étaient pris en charge par la France pour faire leurs études en France. La plupart faisait partie des équipes de sports collectifs du lycée dans lesquelles j’avais réussi à faire ma place.

J’ai toujours un sentiment de culpabilité lorsque j’évoque la mémoire de Monsieur Jacques, un autre professeur d’histoire, terriblement chahuté par des générations d’élèves et qui s’est suicidé. Ce professeur, d’une grande érudition mais trop gentil et sans autorité, ne savait pas se faire craindre. On le surnommait « Zazou ». En face de nos noms, il mettait des petits cœurs quand nous avions été gentils et des petites croix quand nous avions été « méchants ». Quand, après s’être égosillé en vain à nous faire taire, il se mettait en colère, hurlant que nous étions des petits voyous, ce qui redoublait nos cris, nos chants ou nos fous rires, il démontait sa chaise et tapait de grands coups sur son bureau. Le moment était attendu et il y avait toujours une bonne âme du premier rang pour glisser sournoisement le stylo du prof au bord de la table. La colère de Zazou s’arrêtait net lorsque le dossier de chaise s’abattait sur son malheureux stylo, le réduisant en miettes. « Vous pouvez sortir ! » balbutiait-il d’une voix brisée…

J’ai retrouvé, parmi les professeurs de l’Ecole Normale de l’avenue Guiton, Monsieur Vacherie professeur de dessin dont j’ai apprécié les cours dans les deux établissements, et, en allemand pendant trois ans, Monsieur Blancassagne. Cet homme élégant, toujours soigné de sa personne, au casque argenté (Blancassagne = « châtaigne blanche ») et soigneusement lissé, était toujours d’humeur égale, faisant preuve d’une rare courtoisie envers ses élèves. Le gros avantage de l’allemand première langue est que je n’ai jamais connu de classe de plus d’une douzaine d’élèves. En seconde, première et terminale, toutes trois passées avec lui, garçons, filles de l’ENF et niveaux mélangés, nous n’avons jamais été plus de trois !  Polyglotte, il jonglait avec le grec et le latin et nous faisait comprendre la logique de la grammaire et de l’orthographe, les apparentements des unes avec les autres. Il me donna l’amour des mots et du chant de la langue. Lorsque je cherche une tournure ou que je bute sur une expression qui ne traduit pas correctement mon idée, je me surprends à l’évoquer, toujours amusé et avec tendresse. …

Je citerai aussi Monsieur Aury, le prof de Maths, que nous aimions bien même si comme tout le lycée nous le surnommions « Laouya » car il avait un tic de langage que les générations d’élèves se transmettaient sans malice. Tout à sa démonstration, il dictait : « Tracez un trait de laouya A jusqu’à laouya B » et cela bien sûr plusieurs fois pendant le cours… (On trace un trait de là où il y a un point A jusque-là où il y a un point B)

Interne, j’ai eu beaucoup de bons copains, mais le temps passant, j’ai oublié beaucoup de noms. Je me souviens de Vendès, un externe avec lequel j’étais en compétition pour la place de premier en compo de Gym, Jean-Pierre Bertin, Marc Bréchoire, Coco ou Nono Billet, Favrelière et surtout Pierrot Gervais avec lequel je faisais souvent équipe lors des innombrables parties de pelote que nous disputions sur le fronton de la cour. Nous disputions le plus souvent des parties en double et comme nous nous entendions bien, nous étions souvent ensemble, nous gagnions souvent et donc jouions souvent. Nous avions passé quelques jours de vacances, moi chez lui, à Loiré de Vérines et lui et moi chez une tante dans l’Ile d’Oléron. Je crois qu’il est devenu prof de maths, mais nous nous sommes perdus de vue. Il y a une quinzaine d’année, je suis allé à Loiré pour essayer de retrouver sa trace, mais personne n’a pu me renseigner.

René Guillot

Allain Bougrain-Dubourg

Allain Bougrain-Dubourg, élève à Fromentin de 1960 à 1967

Biographie

Allain Bougrain Dubourg jeune

Allain Bougrain Dubourg jeune

Allain Bougrain-Dubourg est le fils de Patrice Bougrain-Dubourg (1920-2010), qui fut résistant puis député de Saône-et-Loire après la Libération, et de son épouse, née Edmée Bouïre de Monnier de Beauvallon, et le petit-fils du général Gabriel Bougrain.

Il découvre la nature sur l’île de Ré où sa famille a une maison de vacances, et au Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle, étant pensionnaire au lycée Eugène-Fromentin durant sept ans.

Épris de la vie animale, il devient à douze ans le correspondant pour La Rochelle du club des Jeunes Amis des Animaux (J.A.A.) fondé par Jean-Paul Steiger (1943-2011) ; à cette époque, il est surtout passionné par les reptiles et les rapaces.

À dix-huit ans, il donne des conférences dans les écoles, puis crée une exposition itinérante, baptisée le Pavillon de la Nature, afin de sensibiliser le public à la protection de la biodiversité. Soutenu par l’académicien Jean Rostand et le Président du Muséum National d’Histoire Naturelle Jean Dorst, il devient lauréat de la Fondation de la Vocation en 1969. Après le décès de Jean Rostand, il le remplaça comme membre du Jury et administrateur de la Fondation jusqu’en mars 2020 …/…

Témoignage

Allain Bougrain-Dubourg : dédicace aux anciens de Fromentin

Allain Bougrain-Dubourg : dédicace

Dans les premiers chapitres de ses mémoires « Il faut continuer de marcher » parues aux Editions de la Martinière en 2015, Allain Bougrain-Dubourg évoque ses années passées au Lycée. Adhérent de l’association des anciens de Fromentin depuis de nombreuses années, il nous a autorisés à en publier ici quelques extraits.

Vous apprendrez avec les fils de marins-pêcheurs !

Etrange enfance que la mienne, bercée de souvenirs mondains, de soirées merveilleuses organisées par mes parents auxquelles écrivains et ministres assistent volontiers. De cette enfance schizophrène, je conserve le souvenir d’une maman n’ayant pas d’autre priorité que d’offrir une constante tendresse à ses enfants, et d’un papa forçant l’admiration mais redoutablement sévère.

La manière forte imposée par mon père ne réussit pourtant pas à améliorer nos potentialités intellectuelles. Nous passons d’un collège de jésuites à un autre et le constat reste identique. Mon frère Robert et moi n’atteignons pas le niveau. Dès lors, la pension en province s’impose comme le dernier espoir. « Vous apprendrez avec les fils de marins-pêcheurs qu’il n’y a pas que des privilèges dans la vie! » nous lance mon père.

L’arrivée au Lycée et la découverte du Muséum

Quand nous débarquons dans le vaste lycée de La Rochelle qui compte quelque cent soixante-dix internes, le choc est rude. À dix ans, je dois rompre avec la tendresse maternelle pour apprendre à marquer mon territoire. Je demeure solitaire, timide et rêveur, n’éprouvant guère le besoin de m’intégrer dans les clans qui se sont constitués dès la rentrée.

Seuls les animaux semblent alléger ma solitude. Je n’ai aucune compétence particulière, mais ils aiguisent ma curiosité en incarnant l’inconnu. Leur image, distillée dans les livres scolaires, révèle des fauves aux canines menaçantes, des aigles aux serres tranchantes, des chatons aux postures touchantes. Cette ménagerie disparate m’invite à la rejoindre. Je veux la toucher, la sentir et parfois même la posséder.

Certes, je ne peux fuir le lycée pour rejoindre les forêts exubérantes ou les savanes africaines à la découverte de la faune sauvage, mais une autre porte d’entrée s’offre à moi. Elle est située juste à côté du pensionnat et sur son fronton, il est écrit « Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle ». Je préfère l’espoir d’évasions sauvages à la compagnie de mes copains lycéens et me tourne vers elles chaque jeudi après-midi, jour de congé.

Les secrets de son casier de pensionnaire

Toujours aussi réfractaire à la scolarité, je finis pourtant par m’adapter, bon gré mal gré. J’aménage un petit vivarium dans mon casier où je conserve des serpents, grenouilles et autres lézards récupérés lors de mes expéditions… Cette ménagerie insolite ne manque pas d’attirer l’attention bienveillante des autres pensionnaires.

William Leymergie, sous le charme de ma sœur Bernadette après que je lui ai montré sa photo, Jean-Paul Jaud, qui déjà voulait marcher dans les pas de Godard, et quelques autres, que je retrouverai plus tard à la télévision, s’en souviennent encore. Finalement, ma passion insolite suscite une certaine popularité. Plutôt solitaire et timide, j’en viens à attirer les regards. Je n’ai plus à aller vers les autres, ce sont eux qui m’approchent. Cette reconnaissance réconfortante me convient parfaitement. J’en use volontiers, espérant me distinguer dans cette communauté uniformisée. Ainsi, alors que je figure parmi les plus mauvais élèves, je suis nommé sept fois chef de classe durant mes sept années de pension!

Il faut dire que j’ai pris de l’assurance, en organisant notamment des événements singuliers. Un soir, rendez-vous est donné dans le dortoir à tous ceux qui le souhaitent (moyennant une petite pièce !) afin d’assister au spectacle : je fais le pari que je mangerai une rainette vivante. Grisé par le défi, je ne pense même pas au sort de la pauvre bête, pour laquelle j’ai cependant de l’affection. Les pensionnaires se pressent tandis que quelques copains assurent la collecte. Le silence s’installe. Me voilà au pied du mur. J’avale d’un coup le misérable batracien, comme l’aurait fait une couleuvre. Et tandis que la rainette progresse péniblement vers mon estomac, je regrette déjà.

Non parce qu’elle me chatouille les boyaux, mais parce qu’elle est devenue l’otage innocent de mes exhibitions. Ce sera la première et la dernière fois!

Plus tard, je relèverai un défi autrement plus apprécié : les pensionnaires doivent mettre leurs chaussettes dans un lavabo et je prends l’engagement de boire le jus après macération. Je renouvellerai cette redoutable expérience périodiquement pour enrichir la cagnotte de notre petit clan. Ce pécule engrangé n’est pas négligeable, mais j’avoue que mon nouveau statut de vedette me semble autrement plus enrichissant.

Malgré ces festivités et quelques autres qui animent mon quotidien de pensionnaire, les journées restent une épreuve. Mon inculture me tire vers le bas. Même les sciences naturelles ne parviennent pas à me séduire, bien que j’aie la certitude naïve d’en savoir plus que mon professeur.

Consignes et punitions

« Votre fils, Allain Bougrain Dubourg, sera consigné au lycée le week-end prochain. Motif : un surveillant a trouvé des serpents vivants dans son placard, malgré l’interdiction qui lui a souvent été rappelée. »

Cette sanction, adressée à mes parents, n’étonne plus personne. Quant aux conséquences, elles ne me surprennent pas davantage : mon père double la peine. Quand le pensionnat me consigne durant un week-end, il ajoute le week-end suivant! J’en mesure la portée le vendredi après-midi lorsque, telle une envolée de moineaux, les internes passent le grand portail du lycée. Me voilà orphelin de leur amitié, condamné à faire bonne figure avec la poignée d’élèves également punis.

Loin de calmer mes incartades, les punitions m’endurcissent. C’est donc sans état d’âme, ou presque, que je profite de la nuit pour grimper avec quelques copains jusqu’aux gouttières qui bordent les toitures du lycée. Objectif : récupérer les balles égarées par les mauvais joueurs de pelote basque. Le lendemain, nous leur soldons ces balles perdues.

Grâce à ces escapades, à ces défis lancés à l’autorité scolaire, je m’évade quelque peu; les insurmontables contraintes du pensionnat deviennent ainsi tolérables peut-être même appréciables. Et avec le temps, le proviseur fait preuve à mon égard d’une certaine tolérance Lorsque sonne l’appel des internes et que je ne réponds pas « présent », il contacte immédiatement le Muséum pour que je regagne l’établissement, en me faisant promettre que ce sera la dernière fois… Le lycée, panaché du Muséum et de l’île de Ré, trouve finalement sa place dans une adolescence qui s’annonçait pénible.

Spirou et le club des jeunes amis des animaux

Les jours auraient pu s’égrener au rythme des petits événements qui forgent l’expérience, mais un appel à la solidarité lancé par le « Club des jeunes amis des animaux » dans l’hebdomadaire Spirou vient bouleverser ce quotidien. Nous sommes trois pensionnaires à répondre à l’appel. Trois complices, aussi différents que complémentaires, et sincèrement motivés par la cause animale. Notre engagement est largement récompensé par le plaisir que nous avons à nous retrouver, chaque soir, avec l’ambition de refaire le monde.

Je n’avoue pas au Club des IAA, avec lequel je corresponds régulièrement, la faiblesse de notre représentation. Je me contente de lui envoyer sur papier glacé la composition du bureau de notre récente association. Je suis nommé président, et les deux sièges vacants sont occupés par les deux autres fondateurs. Le plus littéraire s’arroge les fonctions de secrétaire général, tandis que le plus doué en calcul assume celles de trésorier.

Les « Jeunes amis des animaux » de La Rochelle, sans connaître la popularité escomptée en termes d’adhérents, acquièrent cependant une notoriété grandissante. Notre réputation dépasse même les frontières du lycée; nous héritons périodiquement d’un hérisson meurtri, d’un merle tombé du nid, d’une grenouille éclopée. Les reptiles capturés par mes soins s’ajoutent à cette ménagerie disparate qui élit momentanément domicile dans mon placard de dortoir.

Un chemin hors des sentiers battus

Après sept années de pension, mes notes restent désespérément faibles. Par quel miracle ai-je progressé de classe en classe au cours de ma scolarité? Je ne me l’explique toujours pas. Peut-être les enseignants du lycée Eugène Fromentin ont-ils fait preuve de tolérance, voire de sympathie envers l’étrange enfant que j’étais…

Je sais pourtant que j’ai mis trois ans à obtenir mon BEPC, et que j’en mettrai probablement bien davantage à décrocher le bac. J’ai la conviction que poursuivre ma scolarité relève de l’absurde. Arrivé miraculeusement en première, je souhaite mettre un terme à ces années de pensionnat, à la fois merveilleuses et si pesantes, afin de basculer dans un monde nouveau.

Je rentre à Paris! Ma décision est prise, irrévocable. J’ai dix-huit ans, je sais déjà que l’incontournable baccalauréat qui sanctionne le long parcours des élèves studieux n’est pas fait pour moi. À quoi bon insister? Ma Jeunesse, les enseignements glanés au Muséum, l’attirance que j’éprouve pour le monde animalier depuis l’âge de dix ans m’incitent à emprunter un chemin hors des sentiers battus.

Allain Bougrain-Dubourg

William Leymergie

William Leymergie, élève à Fromentin de 1961 à 1966

William Leymergie jeune

William Leymergie jeune

Parmi les nombreux élèves qui ont fréquenté le Lycée Fromentin, certains sont devenus des personnages publics, des « célébrités ».

Tout le monde connaît William Leymergie. Journaliste, animateur et producteur de télévision, il est surtout connu pour être l’animateur de Télématin, l’émission matinale d’information de France 2.

Il est né le 4 février 1947 à Libourne en Gironde et passe les premières années de sa vie en Afrique, au gré des affectations de son père, officier dans les troupes coloniales. Compte tenu des évènements d’Algérie, ses parents choisissent de lui faire poursuivre ses études comme pensionnaire en métropole, au Lycée Fromentin de La Rochelle.

Dans son livre « Les dents du bonheur », il raconte avec tendresse et nostalgie ces années Lycée. Il y évoque notamment sa rencontre avec un autre lycéen qu’il retrouvera plus tard à la télévision, Allain Bougrain-Dubourg.

Il a très gentiment accepté que nous en reproduisions des extraits dans ce bulletin.

Que de bons souvenirs (et encore je n’ai pas tout raconté ce n’était pas l’essentiel de ce livre. Peut-être une autre fois !). Longue vie à votre amicale. Bien cordialement.

William Leymergie

Le lycée Eugène Fromentin est une immense bâtisse de trois étages datant du XVIIème siècle,  imposante et austère, avec ses coursives en arceaux et son immense cour de bitume granité. Je mets du temps à me repérer dans ce dédale de couloirs et de salles. Les premiers jours, je me sens écrasé par ces murailles vertigineuses et impressionné par la majesté du lieu. Je ne sais pas si je vais faire du bon travail dans ce lycée mais, en tout cas, il a de l’allure.

J’aborde la France par une petite ville de province, avec des compagnons de classe qui sont des gars du coin et me parlent de rugby, de bringues et de nanas avec qui ils rêveraient de conclure. Mon expérience africaine, ils n’en ont rien à faire ! Le dortoir, la cantine, l’étude, la ruée pour aller se laver les dents, les cavalcades dans les escaliers, c’est comme une nouvelle planète. Moi, si solitaire au fond, malgré mon grand frère et mes copains, cette vie communautaire avec des garçons de mon âge, ça me plait bien. C’est aussi la première fois que je m’éloigne de mes parents aussi longtemps, et cette distance qu’ils ont voulu mettre entre eux et moi va me décoller de la relation fusionnelle qui est la nôtre, même si je leur conserve toute ma tendresse.

En revanche, ce qui a traversé la Méditerranée dans mes valises et qui va perdurer, c’est mon goût du spectacle. Au lycée Fromentin, mes capacités à pousser les profs à bout vont atteindre des sommets.

Ce matin-là, comme chaque semaine, nous quittons l’établissement pour rallier le stade municipal. Sur le trottoir d’en face, un groupe de filles passe et je fais le clown pour amuser les copains. Ça rigole dans les rangs. « Leymergie, ça suffit! » braille le prof de gym, un type d’une trentaine d’années, plutôt sympathique, mais que l’indiscipline hérisse. Depuis le début de l’année, il m’a dans le collimateur. En voilà un que je ne fais pas du tout rire, par exemple !

C’est vrai que je suis provocateur, mais j’aime tellement faire le show ! Naïvement, je pense que tout le monde me trouve drôle. Un autre jour, alors que notre professeur de français s’est absenté quelques minutes de la classe au moment de nous rendre nos dissertations, je me précipite sur le paquet de copies et j’annonce haut et fort leurs notes à mes camarades. Les rires fusent : « Il est gonflé, ce Leymergie ! », et bien évidemment, je me fais surprendre par le prof et punir, une fois de plus. Pourtant, je n’ai pas vraiment l’impression de leur manquer de respect. Je me trouve effronté, pas insolent. Mes profs ne perçoivent pas bien la nuance… »

J’en aurai fait des « lignes » pendant mes heures d’étude, des « Je ne dois pas fumer en cachette sous l’escalier » ou « Je ne prends pas la parole sans qu’on me la donne ». Autour de moi, ça travaille en silence, certains commencent déjà à piquer du nez sur leurs cahiers. Le soir tombe, c’est l’heure où l’on aimerait se dégourdir les jambes avant d’aller au réfectoire puis au lit, mais il faut encore cravacher. Dans cette étude, j’ai repéré un drôle de type, plus jeune que moi, un parisien que ses parents ont inscrit dans ce lycée à La Rochelle parce qu’ils ont une résidence secondaire sur l’ile de Ré.

Il m’intrigue beaucoup car il ne parle que d’animaux, d’oiseaux… Dans les revues posées sur sa table, il y a des photos de fauves, de grands singes, et il paraît que son casier abrite un hamster et, parfois même, des serpents ! Totalement atypique, il est plutôt marrant, tout le monde l’aime bien, mais ce qui m’intéresse surtout, c’est qu’il est abonné au magazine Pilote et qu’il nous le prête quand il l’a lu. En province, on ne connaît pas encore ce journal formidable, bien plus marrant que Spirou ou Tintin.

Ce garçon à qui je n’ai jamais beaucoup parlé, je l’ai retrouvé bien plus tard à la télévision : il s’appelle Allain Bougrain-Dubourg, et il a fait un métier de sa passion.

Allain, il faut que je t’avoue quelque chose, cinquante ans plus tard : un jour tu as sorti de ton portefeuille une photo de ta sœur. Elle était tellement jolie que je t’ai subtilisé le cliché pour le montrer à mes copains en la faisant passer pour ma petite amie. Je me suis taillé un beau succès, crois-moi, et j’en ai fait fantasmer plus d’un ! Mea culpa.

Dans un coin de la salle d’étude, j’aperçois notre vieux pion, le plus vieux du Lycée, un bonhomme aux cheveux rares, ratatiné dans sa blouse grise, qui se roule une méchante cigarette de tabac brun. Il doit bien y avoir vingt ou trente ans qu’il rôde dans les couloirs pour faire rentrer les élèves dans leurs classes, comme un berger rassemble son troupeau.

Hanter les escaliers et les coursives, c’est son job, il n’en a jamais fait d’autre, avec toujours la même phrase à la bouche : « Qu’est-ce que vous attendez, là? » Au fil des ans, la phrase s’est érodée, lui-même s’en est lassé, c’est devenu un « quaquendéla, » si peu convaincant qu’on ne l’écoute même plus. Qu’est-ce qu’on lui en a fait voir, le pauvre homme ! Aujourd’hui, j’y pense avec beaucoup de tendresse…

William Leymergie

Michel Serpeaud, élève à Fromentin de 1963 à 1972

Michel Serpeaud

Michel Serpeaud

Dans  » Histoires simples d’un enfant terrible », Michel Serpeaud relate une inoubliable  jeunesse des seventies, pleine d’anecdotes, d’émotions et de rires. Certains se retrouveront dans le chapitre consacré à sa scolarité fastidieuse et compliquée à Fromentin (1963-1972). Quelques extraits:

À la fin de mon CM 2, on orientait les élèves dans deux directions : les plus doués se dirigeraient vers le cycle long au lycée Eugène Fromentin de La Rochelle ; les autres, par choix des parents ou prétendument moins aptes à de longues études, seraient envoyés au Cours complémentaire Bonpland (collège d’aujourd’hui) pour un cycle court (6ème-3ème). J’appartenais à la première catégorie, sans toutefois démontrer la plus grande assiduité ou motivation… Je me revois encore en ce 1er octobre 1963, jour de la rentrée scolaire, plongeant dans le grand bain du second degré. La pluie tombait et, de Tasdon, mon quartier, je devais prendre l’autobus jusqu’à la station « Place de Verdun », au centre-ville, puis marcher pendant quelques centaines de mètres avant d’atteindre ma nouvelle école. En franchissant le seuil de cet établissement hors normes et très différent de ceux de maintenant, j’étais loin d’imaginer que j’allais y passer neuf « dures » années de ma vie, jusqu’à la terminale en 1972.

En sixième classique quatre, je fis la connaissance de professeurs. Moi qui n’avais connu jusqu’alors que le traditionnel instituteur protecteur et bienveillant qui enseignait toutes les matières, il faut bien avouer que j’eus du mal à m’adapter à tous ces professeurs plutôt distants qui se succédaient devant nous. Les cours en ce temps étaient très académiques : une estrade près du tableau noir permettait au professeur de faire valoir sa position et de bien marquer son autorité sur ses élèves.

Certains vieux enseignants, se révélaient de très mauvais pédagogues. Je me souviens de mon professeur de sciences physiques, M. Berger, qui se contentait de dicter son cours pendant une heure. C’était d’un ennui! Comment pouvais-je aimer les études dans de telles conditions ? Ce ne fut donc pas une sinécure et l’antipathie que j’éprouvais pour certains de ces messieurs suffisait à me dégoûter de la matière enseignée! Cependant j’aimais les cours d’anglais, de dessin et de musique… bien entendu!

Le lycée s’était agrandi au fil des siècles pour devenir un véritable labyrinthe menant à une multitude de salles et, la première fois que vous entriez entre ces murs, vous étiez complètement perdu, dans tous les sens du terme. Des grillages protégeaient les fenêtres donnant sur la Cour du Fronton, ce qui ne fut pas sans m’étonner car cela rendait les intérieurs fort sombres ; j’y voyais naïvement une connotation carcérale, pensant que ces grilles devaient être là pour empêcher les élèves de s’enfuir! Mais je compris rapidement leur véritable utilité : la pelote basque à main nue, mais quelquefois aussi probablement le jeu de paume! Les balles de tennis ne frappaient sans doute pas que le fronton! Je me souviens de ces parties acharnées, interminables avec les internes après les cours, à 17 heures. Ces internes! Tous en blouses grises plus ou moins propres ; certains ne quittaient guère le lycée et ne voyaient que rarement leurs parents : j’avais de la peine pour eux.

La Cour d’Honneur servait aux cérémonies de commémoration. Ainsi, chaque 11 novembre, on déposait une gerbe au pied du Monument aux Morts qui trônait au milieu du jardin puis tout le monde se recueillait pendant la minute de silence avant d’entonner la Marseillaise. Au-dessus du péristyle carré, se trouvait le bureau du Proviseur, surnommé, comme dans tous les lycées de France, le « Protal », qui plus est, pour le nôtre : « fa dièse » en raison de sa petite taille (près du sol) ou « Charlot » à cause de sa moustache, la même que celle du comique. Sous la galerie, le bureau du Censeur dit « le Sap » (sapait-il le moral?) et, au milieu du corps central de bâtiments, celui du Surveillant général, le « Surgé », selon la gravité des fautes que vous pouviez commettre, vous passiez chez l’un ou l’autre pour recevoir quelques remontrances très acerbes et être assigné aux fameuses « colles » de quatre ou huit heures.

Ah! Nos surveillants, les « pions »: certains ont exercé cette fonction toute leur vie, souvent dans le même établissement, infligeant les pires méchancetés aux élèves durant les heures d’étude. C’étaient souvent de véritables caricatures, à qui nous donnions les pires surnoms, comme ce « Pipeau », le prolétaire, toujours coiffé d’un béret, le mégot aux lèvres, qui vous repérait vite – malgré sa lecture du journal communiste L’Humanité – si vous parliez à votre voisin ; il s’approchait alors discrètement derrière vous pour vous asséner de ses grosses mains, simultanément, une belle chiquenaude sur chaque oreille ! Mieux valait lever le bras, claquer des doigts en les pointant vers le camarade avec qui l’on voulait s’entretenir : Pipeau n’acquiesçait le plus souvent que par un léger signe de tête. Il y avait aussi « Rabattu » ainsi appelé parce qu’il marchait le buste en avant, pas plus fin que les autres mais qui n’hésitait pas à jouer de la règle plate et du « moulin à calottes » comme on disait en ce temps-là ou à vous démontrer par a+b et ce avec la plus grande importance, qu’il ne fallait pas confondre portemanteau et espagnolette! Un grand professionnel de la surveillance ce Rabattu! Il avait inventé un système pour ne pas être dérangé pendant qu’il lisait lui aussi : au tableau, deux colonnes : dans la première venait s’inscrire celui qui, comme précédemment, voulait deviser avec un condisciple mais attention ! Pas plus de cinq minutes autorisées sinon il risquait voir son nom rayé du tableau par un potache ayant la même intention, interrompant du coup l’entretien en cours ; enfin, dans la deuxième colonne, ceux qui voulaient sortir de la salle d’étude : même principe à la fois. Un ballet muet parfaitement au point!

On accédait à la cour de la Chapelle par un escalier menant, sur la gauche, à un vieux gymnase au plancher de bois verni. Cette salle vétuste nous offrait quelques cordes à grimper accrochées en permanence et le vestiaire était si exigu que nous nous entassions au moment de nous changer. Je revois encore dans cette cour, cette immense façade où s’alignaient un nombre incalculable de fenêtres sur plusieurs étages et songeais que deux ou trois de celles-ci correspondaient à une salle de classe ; alors imaginez le nombre de cours, toutes disciplines confondues, dispensés en même temps dans cet établissement! Le lycée Fromentin? Une véritable usine, une machine bien huilée et une parfaite organisation.

La Cour du Réfectoire, comme son nom l’indique, permettait aux demi-pensionnaires de manger entre midi et deux à la cantine. Une odeur de mauvaise cuisine, de tambouille et de graillon y régnait et se répandait à l’extérieur, gâchant le plaisir esthétique car un péristyle, semblable à celui de la cour d’honneur, entourait un espace agrémenté de tilleuls. Curieusement, c’est dans la Cour du Réfectoire qu’avaient lieu certaines manifestations d’élèves, les fameux « sittings » comme on les appelait à l’époque. Nous nous asseyions, groupés, pour écouter les harangueurs de service, les lycéens qui, par leur verve, encourageaient les autres à se rebeller et l’on entendait très souvent le mot « revendication » dans leur bouche pour réclamer des améliorations au sein de l’établissement. Ces « sittings », survenus dans les lycées de France et de Navarre, furent le point de départ des événements de Mai 68 qui aboutiront à la fermeture temporaire du lycée jusqu’au 1er octobre de la même année.

Je terminerai le récit de ma longue et laborieuse scolarité au Lycée Fromentin par deux petits épisodes assez croustillants : en 5e, mon professeur d’anglais, M. Lortsch, nous faisait chanter au début de chaque cours et avant le rituel : « Well! Good morning, Sir! », l’hymne anglais : « God save the Queen ». Malgré mon jeune âge, je faisais déjà preuve d’un sens de l’humour très développé, quoique pas toujours apprécié car parfois de mauvais goût! Ainsi, pour faire rire  mes copains, j’entonnais « God save the gouine ». Un jour, mon professeur entendit cette mauvaise prononciation du noble titre de Sa Majesté, ne comprenant sans doute pas la signification du mot « gouine » me fit répéter seul le mot « Queen » : « Serpeaud, it’s not the gouine but the Queen! Repeat please ». Pour enfoncer le clou et éviter la punition, je répondis que j’avais du mal à prononcer ce mot car j’étais enrhumé. Mes copains de classe étaient pliés de rire.

J’aimais jouer sur les mots et cette manie ne m’a guère quitté. Un jour, Mme Brochard, mon professeur de français de 6ème, voulut rétablir le silence dans la classe et s’écria : « se tait-on?!!! ». Je n’étais pas en reste, ni le dernier pour dire des bêtises et retourner à ma guise la phonétique de certaines phrases. Alors je lui répondis avec beaucoup d’aplomb : « Se tait-on Madame? Lequel? Celui de gauche ou celui de droite?? ». Éclat de rire général dans la classe alors que cette chère Mme Brochard me mettait manu militari à la porte.

Il faut dire que cette femme avait une généreuse paire de seins et, avec le recul, je réalise que commençait déjà à se manifester ma prédilection pour les poitrines plantureuses!… Hélas! Je n’aurai jamais connu la mixité dans les classes au Lycée Eugène Fromentin, les premiers cours, filles et garçons, n’apparaissant que fin 1972, juste comme je terminais ma scolarité. Malgré mes regrets, ce fut sans doute mieux ainsi! La présence d’élèves du sexe féminin autour de moi m’aurait certainement perturbé et je ne serais probablement pas allé au bout de mes études! Mais les rencontres avaient lieu au fameux Café des Colonnes, à côté du Commissariat de Police, où la « drague » allait bon train!.…

Vingt ans plus tard, en 1985, j’étais professeur de musique dans l’Éducation nationale lorsque je reçus une nomination au Collège Fromentin de La Rochelle! Une grande émotion m’envahit : du statut d’élève, je passais de l’autre côté de la barrière et, à la rentrée de septembre, je revis certains des profs que j’avais eus vingt ans auparavant, vieillis, usés par les longues années d’enseignement, attendant la retraite. Certains se souvenaient de moi, d’autres pas, ceci en fonction sans doute, de l’intérêt que j’avais pu porter à leur enseignement! La salle des professeurs, rigoureusement interdite aux élèves, devenait pour moi un lieu de repos entre mes heures de cours.

J’aurai rêvé des dizaines de fois de « mon » lycée, où j’ai vécu une douce et insouciante jeunesse tout en nouant des amitiés très fortes. Je regrette que nos jeunes écoliers d’aujourd’hui n’aient jamais connu cette époque où le temps de vivre était le maître mot et la simplicité de mise. Cet établissement, précédé d’une histoire prestigieuse, mystérieux par son tunnel le reliant au Jardin des Plantes, restera dans ma mémoire avec ses péristyles, ses salles de classe à l’ancienne et ses professeurs bien caricaturaux, dignes de romans anciens. Parfois, lors de mes venues à La Rochelle, j’emprunte la petite rue Arcère, au bout de quelle je retrouve la grande façade, ouverte en son milieu par une porte cochère, et je repense à tous les moments vécus dans ce « bahut ». Mais mon regard n’est plus celui du jeune adolescent rigolard : après quelques minutes, je rejoins les arcades animées de la ville en flânant, essayant d’oublier, en vain, le mal que je me suis fait en reprenant le chemin de mon passé.

Michel Serpeaud