Nostalgie

Cette rubrique est consacrée à vos souvenirs. N’hésitez pas à nous en faire part et à nous envoyer vos photos et documents.

Pourquoi le nom de Fromentin ?

Le 3 avril 1944 le Lycée National devient Lycée Eugène FROMENTIN

Revenons quelques années en arrière : dans l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l’association “Amicale des Anciens Élèves du Lycée de La Rochelle” du 24 juin 1926 figurait le choix d’un nom à soumettre à Monsieur le Ministre de l’Instruction Publique pour être donné à notre Lycée ainsi qu’il a été déjà fait dans un très grand nombre de villes pour des établissements semblables au nôtre.
Après débat, plusieurs noms seront proposés : Réaumur, E. Fromentin -“dont la renommée a ceint le front d’une double couronne de gloire”- Alcide d’Orbigny, Jean Guiton et enfin Dupaty.
Le principe admis à main levée, il est procédé au scrutin pour le nom à proposer à l’autorité compétente :
– 1er tour : Fromentin 9 voix, Guiton 9 voix, Dupaty 2 voix, bulletins blancs 3
– 2ème tour: Jean Guiton 12 voix, Fromentin 9 voix, bulletins blancs 2
Notre Président est donc chargé de transmettre en haut lieu notre désir et de faire toute démarche afin que le Lycée de La Rochelle devienne le Lycée Jean Guiton.

Plusieurs années s’écoulent…
Assemblée Générale du 23 janvier 1938 : le nom du Lycée réapparaît à l’ordre du jour : un ancien camarade lycéen du nom de Dollot émet le vœu de voir attribuer à notre Lycée le nom d’Eugène Fromentin : ” l’auteur de Dominique est assurément la plus pure gloire de notre Lycée, dans lequel il a effectué toutes ses études…” Cette proposition est adoptée à l’unanimité, et le bureau devra donc faire les démarches nécessaires pour arriver à la faire aboutir.

Assemblée Générale du 29 janvier 1939 : extrait du compte rendu.
“Nom du Lycée : l’année dernière, l’Assemblée générale avait émis le vœu de voir attribuer à notre Lycée le nom d’Eugène Fromentin. Dans les jours qui suivirent, notre Président intervint auprès de l’Inspecteur d’Académie et du Maire de La Rochelle et rien ne faisait prévoir un obstacle à ce désir.
Mais pour la constitution du dossier à soumettre au Recteur, il fallait aussi
l’approbation du Conseil d’Administration du Lycée ; or, pour des raisons plutôt inattendues, le Conseil d’Administration se prononça contre notre suggestion et l’affaire en resta là.
Notre camarade DOLLOT présenta de nouveau ses arguments en faveur de Fromentin dont voici un extrait :
“… Réaumur a été élevé chez les Jésuites de Poitiers, Dupaty au Collège de Beauvais à Paris, le nom de Jean Guiton n’évoque que des souvenirs contrastés, ne parlons pas de Tallemant des Réaux… Fromentin est donc le seul des grands Rochelais ayant fait au Lycée toutes ses études, qui furent très brillantes.
Pourquoi ne pas lui donner son nom, comme Rochefort l’a fait pour Pierre Loti, Niort pour Fontanes, Nancy pour Henri Poincaré, etc… ?
Après Dollot, le camarade et distingué Louis Suire nous donna quelques renseignements très intéressants “…Le Lycée de La Rochelle ne pouvait pas mieux choisir, s’il doit choisir un nom, que celui d’Eugène Fromentin, né et mort à La Rochelle, élève du Lycée de La Rochelle de 1831 à 1838, soit pendant toutes ses études classiques, et dont tout l’oeuvre fait grand honneur à sa petite patrie, surtout à une époque comme celle que nous vivons et où la France a besoin plus que jamais de conserver et d’exalter ses valeurs spirituelles qui ont toujours fait son renom dans le monde…”. La discussion étant close, l’Assemblée générale se prononça à l’unanimité pour le maintien de son vœu et chargea son Président de recommencer les démarches nécessaires afin de le faire aboutir rapidement.
Cette décision fut publiée au Journal Officiel des 10 et 11 avril 1944.

Le Fronton

HISTOIRE DU FRONTON … DISPARU

Le 30 mars 1925, Monsieur le Proviseur CHAYMOL, du Lycée de La Rochelle s’adresse à Monsieur le Maire par un courrier dont voici un extrait :
“… Au point de vue sportif, nos cours sont très défectueuses et nos élèves, nos internes surtout qui restent au Lycée pendant les longues récréations de 12 h 30 à 1 h 30 et de 4 à 5 h, ne jouent pas dans de bonnes conditions.
Cherchant à améliorer cette situation, M. SEUGNET, notre dévoué professeur d’éducation physique, demande, depuis longtemps, un fronton pour le jeu de pelote basque. Actuellement, à défaut de fronton, nos élèves utilisent les murs des bâtiments entourant les cours. Cette pratique qu’il est impossible de ne pas tolérer, a pour résultat inévitable de salir les murs qui, dans l’intervalle de deux badigeonnages, sont maculés de multiples empreintes boueuses et présentent un aspect repoussant. L’impression produite sur les visiteurs et les Inspecteurs est nettement défavorable au Lycée.
La construction d’un fronton, tout en mettant nos enfants dans des conditions sportives plus favorables, ferait disparaître cet inconvénient sérieux.
Le fronton pourrait être édifié en utilisant le mur de séparation des deux cours de façon à permettre le jeu sur les deux faces.
… Pour réaliser ce projet, la participation de l’Etat ne peut être envisagée, je ne puis même pas le demander en raison du refus systématique qu’il nous a opposé dans des affaires antérieures. Je compte donc uniquement sur la Ville et j’espère qu’en cette occasion elle ne sera pas moins généreuse que par le passé …”

     Le 20 avril l’architecte de la Ville, M. MORGUET, adresse à Monsieur le
Maire de La Rochelle un devis s’élevant à la somme de 4 200 francs pour la
construction d’un fronton placé entre les deux cours .
     Dans sa séance du 28 avril, le Conseil Municipal examine le projet et le
Conseiller qui a en charge les établissements scolaires déclare ce qui suit:
“… Il ne saurait être question, au Lycée, de pratiquer le véritable jeu de pelote basque tel qu’il passionne ses fervents des Pyrénées. Il exigerait un mur haut de 10 m et large de 18, crépi d’un enduit spécial, avec grillage pour arrêter les balles perdues et bandes métalliques le traversant à 1 m du sol, plus une piste longue de 65 à 70 m et large de 17, et un second mur bornant le jeu à l’arrière.
Dans ce jeu traditionnel, la pelote, faite de cordes très serrées recouvertes de peau de mouton, élastique au point de rebondir à une hauteur et à une distance énormes, est reçue et renvoyée à l’aide d’une sorte de main en osier avec gant de cuir épais, dans laquelle le joueur introduit sa propre main et qui est fortement attachée au poignet.
Mais, même pratiquée moins rigoureusement, la pelote basque est un sport d’une réelle valeur éducative. Il a cette supériorité sur quelques autres que, s’il fortifie les muscles du bras, il donne, en même temps, beaucoup de souplesse et d’agilité au corps tout entier. C’est un exercice tout de coup d’œil et de vitesse, qui développe chez le joueur à la fois toutes les ressources de vivacité, de résistance et d’adresse, et qui, loin de le pousser à la brutalité, l’habitue, au contraire, à mesurer son geste et à équilibrer harmonieusement son effort.
Il convient donc d’encourager ce jeu chez nos lycéens, et d’autant mieux qu’il  a  le grand avantage de pouvoir se pratiquer dans les cours mêmes de l’Etablissement et, par conséquent, à toutes les récréations”.
 
        Le Conseil municipal décide finalement l’exécution des travaux qui seront confiés à l’entrepreneur adjudicataire des travaux d’entretien et adopte le devis présenté.
 
        A la rentrée d’octobre 1925, les élèves ont eu l’heureuse surprise de
constater que le mur qui séparait la cour des Grands de la cour des Moyens avait été transformé en fronton lequel a disparu sous les coups d’un engin de terrassement au cours de l’été 2008 !

Cartes postales

Vos photos (cliquer pour ouvrir)

Témoignages

2018 Marcelle RATIER 

Mémoires d’une lycéenne pendant la guerre
Après une école primaire à La Tremblade, Marcelle Ratier arrive à l’École Valin de La Rochelle en 1940 où elle passe son Certificat d’Études.
Les allemands ayant occupé le Collège de jeunes filles J. Dautet dès 1940, les élèves déménagent sur Fromentin, est c’est là qu’elle entre en 6ème à la rentrée 1941. Les bâtiments sont alors partagés en deux, l’aile droite étant consacrée au collège. Les dortoirs sont transformés en 3 salles de classe séparées par des cloisons à mi-hauteur.
Fille de gendarme, elle ne pouvait pas avoir de bourse, mais sa mère avait pu, par dérogation, trouver un travail dans le magasin « La goutte de lait » qui préparait les biberons pour toute l’agglomération.
A Fromentin, il n’y a pas à l’époque de cantine et les élèves sont externes. De cette époque, elle se souvient très bien des lettres qu’il fallait écrire au Maréchal Pétain, et des distributions de biscuits vitaminés que les filles jetaient par la fenêtre aux garçons qui allaient en récréation dans la cour de la chapelle. La cour des tilleuls était quant à elle le domaine des filles.
Ce ne sera que de courte durée car la milice fait du lycée son quartier général et le 23 avril 1943 le lycée est fermé. L’école normale de filles, aussi occupée par les allemands, avait déménagé à Marans.
Les élèves se retrouvent alors par petits groupes de 7 ou 8 pour suivre les cours au domicile des professeurs. À cette période, Pierre Ratier, son futur mari, se retrouve pensionnaire à Rochefort en même temps que Michel Crépeau. D’abord évacuée chez ses grands-parents maternels dans le Béarn pour terminer l’année scolaire, elle remonte ensuite à Poitiers où, élève au Lycée dont l’internat est très restreint, elle devient pensionnaire chez des religieuses.
Elle quitte Poitiers la veille du bombardement par les alliés le 12 juin 1944, revient à La Rochelle pour l’été. Pour l’anecdote, elle n’avait pas pu renouveler sa carte d’alimentation qui lui avait été adressée par la poste à Poitiers. Son père, gendarme, est alors parti à vélo pour aller la chercher pendant le week-end ! De retour à Poitiers (libérée) à la rentrée, elle passe alors l’année scolaire au Lycée de Poitiers, n’ayant plus le droit de rester à La Rochelle, le siège ayant commencé.
1945 : dès la Libération, retour à La Rochelle où Dautet et Fromentin sont rouverts, et la vie reprend peu à peu.
En terminale elle côtoie Josette Cousin, épouse de notre administrateur et ancien Président ; bac philo en 49, licence d’allemand à Poitiers, un an à Ochsenhausen en Allemagne (1953) comme assistante de français, puis à St Maixent pour un remplacement.
Après le CAPES en 1963, Mme Ratier devient professeur d’allemand à Fromentin jusqu’en 1991, date à laquelle elle prend sa retraite. Son mari, Pierre, professeur d’anglais et ancien secrétaire de notre amicale, nous a quittés en 2016 (voir le témoignage de Pierre Michelet dans notre bulletin 2016).

(Propos recueillis par Pierre Michelet, Gérard Marchaud et Jean-François Coupaud)

2015 André THEAU 

Plutôt que de rajouter l’anecdote à l’anecdote, je préfère vous faire partager une réflexion d’ensemble sur le souvenir des années que j’ai passées au Lycée Fromentin.
 
Comme la généralité de mes condisciples, après avoir été reçu à l’examen d’entrée, j’ai rejoint en 1935, à l’âge de 11 ans, les bancs de la 6ème.
 
Les parents de mes camarades étaient, pour la plupart, soit des fonctionnaires (souvent des enseignants comme les miens), soit des bourgeois laïques, soit des membres de la communauté protestante rochelaise qui n’avaient toujours pas digéré la prise de La Rochelle par des troupes royales commandées par un Cardinal. Ceux qui pratiquaient régulièrement la religion catholique, choisissaient pour leur progéniture le Lycée privé Fénelon.
 
La tradition de l’enseignement du latin étant considérée comme une priorité de bon aloi, j’y fus astreint. Le casse-tête de la grammaire latine, des versions et des thèmes, me permit de découvrir une civilisation (héritée pour une bonne part de celle des Grecs) d’une richesse incroyable par sa diversité, son inventivité, son pluralisme intellectuel, ses lois votées par des assemblées élues, sa priorité donnée à l’enseignement, sa tolérance envers l’homosexualité, son amour du beau.
 
Cette civilisation plaçait l’homme au centre de ses priorités d’une façon telle que sa mythologie religieuse n’était qu’un énorme roman à tiroirs qui narrait les aventures des déesses et des dieux dont les motivations, pour le meilleur comme pour le pire, étaient identiques à celles des femmes et des hommes.
 
Le “mens sana in corpore sano” était une réalité quotidiennement vécue qui s’illustrait par la prise, dans la représentation publique et privée, des corps dénudés de femmes et d’hommes par des sculpteurs qui nous ont laissé tant de chefs-d’œuvre.
 
Né dans une famille d’athées, j’ai eu vite le sentiment que ma fibre identitaire était celle d’un gallo-romain et non d’un judéo-chrétien. J’en suis toujours persuadé.
 
Je terminerai en rendant hommage à la qualité pédagogique du corps professoral qui m’a formé. Soyons objectifs, une petite minorité de professeurs était chahutée parce qu’au Lycée, dans cette période comme à celle de maintenant on se montrait joyeusement impitoyable vis-à-vis des enseignants qui faisaient preuve de faiblesse.

2015 Bernard TROCME

On me demande un témoignage sur mes années de présence au Lycée Fromentin de 1941 à 1948. C’est assez embarrassant parce que ces années sont bien lointaines et que leur souvenir s’est estompé. Il ne reste que quelques images ou impressions, probablement déformées par la nostalgie et très insuffisantes pour fonder un témoignage totalement fiable.
 
Une certitude cependant : mes sept années d’études secondaires ont été fortement perturbées par la guerre. D’avril 1943 à mai 1945, il a fallu s’exiler. Pour ma part, j’ai atterri au Lycée Pierre Loti de Rochefort avec quelques uns de mes camarades rochelais. Dans ma mémoire, ces deux années rochefortaises ont laissé une empreinte de tristesse. Pierre Loti paraissait sinistre à côté d’Eugène Fromentin. On y travaillait plus dur qu’à La Rochelle, me semble-t-il, dans une ville sans aucun attrait à cette époque.
 
Cela explique que le retour à Fromentin en mai 1945 ait eu à mes yeux la couleur d’une libération. J’avais quitté un établissement plutôt convivial en 1943, malgré les épreuves de la guerre, pour un lycée qui me semblait froid et inhumain. Je retrouvais en 1945 ce bon vieux Fromentin dont l’image était sans doute enjolivée dans mon esprit par l’allégresse de la Libération. J’arrivais même à trouver un certain charme au curieux fronton de la cour du même nom et à la verdure qui égayait la cour d’Honneur. Je n’irais par jusqu’à dire que tous les professeurs m’étaient sympathiques, mais il régnait une atmosphère moins pesante qu’à Rochefort, une sorte de légèreté qui s’accordait bien à l’esprit de la ville.
 
Je ne veux pas cependant passer sous silence un moment odieux de la vie au Lycée Fromentin durant l’Occupation, plus précisément durant l’année 1942. Les élèves des grandes classes suivaient avec la passion que l’on peut imaginer les événements de la guerre et les actions de la résistance. Ces jeunes gens allaient parfois jusqu’à distribuer des tracts qualifiés de “gaullistes”. 
Un individu malveillant, ami de certains journalistes locaux compromis dans la politique de collaboration, n’a pas hésité à dénoncer plusieurs de ces élèves et a été ainsi à l’origine de leur arrestation.
 Je n’en dirai pas plus, mais on comprendra que cet épisode lamentable jette, pour moi, une ombre sur le charme discret du Lycée Eugène Fromentin que j’ai connu.